Appels pour piqûres d'hyménoptères au CAP de Lille de 2000 à 2009

Appels pour piqûres d'hyménoptères au CAP de Lille de 2000 à 2009

Introduction :

Les hyménoptères sont de l'ordre des insectes, sous classe des ptérygotes (« ailés »).

Ils comprennent essentiellement les guêpes, les abeilles, les frelons et les bourdons.

Leur présence est bénéfique pour l'homme, notamment pour leur rôle pollinisateur.

Leur taille est comprise entre 0.1 mm et 10 cm

Ils sont caractérisés par :

- 2 paires d'ailes solidaires (le mot hyménoptère vient de « hymen » = mariage et « ptéron » = aile)

- 1 corps divisé en 3 régions : tête, thorax (tronc) et abdomen

- 1 appareil venimeux situé à l'extrémité postérieure de l'abdomen : l'aiguillon (ou dard) qui est mobile et connecté à une paire de glandes venimeuses

Le mâle hyménoptère ne possède pas d'appareil venimeux et donc ne pique pas.

Le venin contient de multiples enzymes (lipases...), peptides, amines (histamine...), acides aminés qui jouent le rôle d'allergènes puissants

Il a une action directe (= toxicité cellulaire) et indirecte (=manifestation immunologique)

Différentes familles :

Abeille : « apis »

Crédit Photographies: http://environnement.ecoles.free.fr

- De manière générale : son corps brun noir couvert de poils, possède deux paires d'ailes légèrement colorées avec des nervures foncées, trois paires de pattes et un dard barbelé relié aux muscles de l'abdomen.

- Elle ne pique que si elle est dérangée dans son travail.

- elle ne pique qu'une seule fois car une partie de son abdomen est arrachée avec le dard lors de la piqûre, entraînant ainsi la mort de l'abeille.

Bourdon : « bombus »

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- il est plus volumineux et velu que l'abeille (6 à 25 mm de long)

- Reconnaissable à son bruit (son grave)

- Seul le bourdon femelle pique mais ne laisse pas de dard

- Il pique peu, juste pour son autodéfense

- Il construit des nids souterrains

- Il possède un corps coloré en noir et jaune

- Il se rencontre dans les régions tempérées et plus fraîches que celles fréquentées par les abeilles (car fourrure et bandes noires absorbent la chaleur du soleil)

Guêpe :

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- Mesure de 12 à 19 mm

- Vit dans des nids composés de centaines à milliers d'individus

- Elle se nourrit de larves de mouches et autres insectes

- Elle est attirée par les fruits, le sucre et la viande.

- Elle peut piquer plusieurs fois.

Frelon :

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- Plus grand que la guêpe (35 mm)

- Peut piquer plusieurs fois

- Sa piqûre est en général très douloureuse

Quelques chiffres du Centre antipoison de Lille de 2000 à 2009 :

Nombre de patients : 865 dossiers d'exposition

Soit une moyenne annuelle de 86.5 dossiers.

Variation annuelle

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

113

100

58

88

103

64

65

82

81

111

Variation mensuelle

Période estivale (juin à août) : 585 soit 68% des cas.

Type de patient

Exposition pédiatrique : 319 37%

Exposition chez l'adulte (> 15 ans) : 546 63%

Age des patients

· Age minimal : 2 mois

  • Age maximal : 90 ans

  • Age moyen : 25.00 +/- 19.61

  • Médiane : 24 ans

Sexe des patients

· Femmes : 421 49%

  • Hommes : 444 51%

Lieu d'exposition

· Domicile et alentours : 655 76%

  • Extérieurs / campagne : 151 17%

  • Autre lieu : 23 3%

  • Lieux de travail : 19 2%

  • Lieux scolaire : 14 2%

  • Lieu public clos : 3 < 1%

La majorité des piqûres sont survenues à domicile : 76 %

Type d'insecte

· Guêpe : 301 35%

  • Bourdon : 75 9%

  • Frelon : 29 3%

  • Abeille : 26 3%

  • Insecte (non précisé) : 434 50%

Données cliniques

· Cas symptomatiques : 815 95%

  • Cas asymptomatiques : 50 5%

Type de symptômes évoqués lors de l'appel (TOP 10)

· Œdème local : 492

  • Erythème : 313

  • Douleur localisée : 242

  • Prurit : 109

  • Effraction cutanée : 100

  • Eruption : 40

  • Irritation cutanée : 24

  • Phlyctènes : 12

  • Hyperthermie : 10

  • Inflammation : 9

Conduite à tenir préconisée par le CAP

· Maintien à domicile : 599 70%

  • Aller consulter un médecin traitant : 112 15%

  • Aller aux urgences : 88 10%

Gravité des cas

96% des cas ont été suivi ( pss = poisoning severe score pour score de sévérité de l'empoisonnement s'échelonnant de 0 à 3)

· PSS 1 : 702

  • PSS 2 : 29

  • PSS 3 : 1

Manifestations cliniques :

1) Réaction locale :

La piqûre provoque dans la majorité des cas une réaction érythémateuse (rougeur) et douloureuse au point d'inoculation du venin, associé à des démangeaisons, de taille souvent inférieure à 2 cm.

Elle régresse spontanément en quelques heures mais peut être parfois associé à un œdème pouvant persister plus de 24h.

Remarque : selon la localisation, notamment au niveau de la tête (paupières, bouche, oreilles...) et du cou ; l'œdème peut être plus spectaculaire et être le siège de réactions sévère avec œdème laryngé entraînant un risque vital (une piqûre dans la bouche ou gorge peut provoquer un tel gonflement que la personne peut s'étouffer)

2) Réaction toxique :

Survient souvent lors de multiples piqûres simultanées (quantité de venin plus importante)

Aux signes locaux s'ajoutent des signes généraux (fatigue, vomissements, diarrhée, maux de tête, chute de la tension artérielle...)

Si plusieurs piqûres (supérieurs à 20), nécessité d'aller aux urgences pour examen médical et surveillance étroite.

3) Réactions allergiques :

Elle est indépendante de la quantité de venin (une seule piqûre est nécessaire)

Différentes manifestations peuvent survenir :

- Cutanées : démangeaisons, rougeur, urticaire généralisée, gonflement local important (supérieur à 10 cm)

- Respiratoires : œdème de la langue, entraînant des difficultés pour avaler. Œdème de l'épiglotte et du larynx, bronchospasme.

La gravité de l'œdème est fonction de la localisation : l'œdème bucco-pharyngé entraînant au départ une modification de la voix, pouvant aller jusqu'à l'asphyxie

- Cardiaques : hypotension artérielle, vertiges, oppression thoracique, perte de connaissance.

- Digestives : nausées, vomissements, diarrhées

- Neurologique : coma

Conduite à tenir en cas de piqûre :

- Identifier l'insecte qui vous a piqué (si possible)

- Si piqûre aux mains, retirer les bagues et bracelets

- En cas de piqûre d'abeille :

Retirer l'aiguillon par grattage (exemple : passer une carte bancaire parallèlement à la surface de la peau)

L'utilisation d'une pince pourrait exercer une pression sur la glande à venin et ainsi injecter d'avantage de venin.

La piqûre de frelon provoque souvent des réactions plus importantes car injection directement dans les vaisseaux. (dard plus long)

- Cas simple : (réaction locale)

· Désinfection locale (dakin, vinaigre), mettre un glaçon +/- une pommade corticoide.

· Antalgique (paracétamol, 60 mg/kg/jour, en quatre prises)

- Cas plus complexes : (réaction toxique)

· Consulter un médecin ou un centre d'urgences hospitalier, lorsque la réaction locale est importante et/ou dure plus de 24h. (une infection peut se développer au point de piqûre)

Remarques :

- Le venin est thermolabile, c'est-à-dire que les réactions liées à celui-ci sont atténuées si on amène une source de chaleur à proximité (approchez un briquet, pendant quelques minutes, sans brûler la peau) ; puis effectuer un « choc thermique » en mettant un glaçon sur le point injection (glaçon préalablement emballé dans du plastique)

- En cas de piqûres multiples (notamment si plus de 20) il faut consulter les urgences d'un hôpital

- L‘appel du 15 (samu) est envisageable lorsque la réaction est importante, ou que la victime est seule à la maison.

Mesure de prévention :

- Ne pas se promener près d'une ruche.

- Ne pas rester au soleil le corps mouillé ou enduit de crème.

- Ne pas se promener pieds nus dans la nature, notamment dans l'herbe.

- Ne pas porter de substances susceptibles d'attirer les abeilles ou les guêpes (parfum, couleurs vives...)

- Si un insecte tourne autour de vous, rester calme et évitez les gestes brusques, et repoussez doucement le volatile. (rappel que l'abeille ne pique que lorsqu'elle se sent agressée)

- Chez quelqu'un d'allergique connu, avoir sur soi un kit d'urgence composé d'adrénaline injectable et prévenir l'entourage de ce risque allergique.

- Pour faire face à un nid d'hyménoptère, qui a élu domicile près de votre habitation, 2 solutions :

- faire appel à « l'annuaire France guêpe » (en effet il n'est plus du ressort des pompiers de prendre en charge les nids d'hyménoptères)

- se rapprocher d'un apiculteur s'il s'agit d'un essaim d'abeille :

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Quelques mots sur la désensibilisation :

Retour sur le mécanisme de la réaction allergique :

- 1ière phase : la sensibilisation

Lorsque l'allergène (venin d'hyménoptère) entre en contact pour la première fois avec l'organisme, il est reconnu par les macrophages (type particulier de globule blanc). Ces cellules se trouvent en grand nombre au niveau de la peau et des muqueuses, et constitue la première ligne de défense immunitaire de l'organisme.

Ce contact allergène-macrophage provoque la fabrication d'anticorps de type IgE (anticorps spécifique de l'allergie). Chaque IgE est caractéristique d'un allergène donné et n'existe que chez la personne allergique.

Les IgE vont rapidement passer dans le sang et aller se fixer sur les mastocytes (cellules également au niveau de la peau et des muqueuses).

Cette première phase est dite « muette », le premier contact est mis en mémoire pour plusieurs années (mémoire « immunologique »)

- 2ième phase : réaction allergique

Lors de la seconde piqûre, la combinaison de l'antigène avec l'anticorps se fixe sur le mastocyte et provoque la libération de substances vaso-actives (comme l'histamine) à l'origine des symptômes allergiques.

La désensibilisation :

- tout d'abord il faut identifier la personne allergique par des tests cutanés.

- La désensibilisation est réservée aux personnes ayant fait une réaction grave.

- Elle sera réalisée toujours à distance (au moins 2 mois) de la réaction allergique et fait en milieu hospitalier.

- Le patient reçoit des injections sous cutanées à dose croissante d'antigène (« venin ») auquel il est allergique. La rythmicité des injections varie selon le type d'hyménoptère, mais souvent les injections se répètent à quelques jours d'intervalle

- Le sujet est ainsi rendu « tolérant » face aux piqûres ultérieures.

Pour plus de renseignements se rapprocher de son médecin traitant.

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