Prévention des Intoxications accidentelles par les Triptans chez l'enfant

Prévention des Intoxications accidentelles par les Triptans chez l'enfant:

Etude des cas d'intoxication au Centre antipoison de Lille sur 10 ans.

Le Centre Antipoison de Lille est également un centre de Toxicovigilance. C'est à dire un centre de surveillance et d'étude de tous produits en cause dans une intoxication supposée ou avérée afin de connaître ses dangers éventuels et pouvoir ainsi alerter les autorités. Dans ce cadre, des classes de médicaments peuvent être ciblées pour discuter des traitements mis en place à la réponse téléphonique afin d'adapter si besoin les conseils donnés aux services d'urgence. Cette étude réalisée par plusieurs membres de l'équipe vise à définir la dangerosité de l'ingestion accidentelle des antimigraineux à base de triptans chez l'enfant .

Les triptans sont des antimigraineux indiqués chez l'adulte. En 2000, devant l'absence de données toxicologiques pédiatriques, nous avions décidé de privilégier l'hospitalisation avec surveillance sous scope pendant 24H. Cette étude avait été mise en place afin de faire le point sur les risques de toxicité liée aux triptans, après une dizaine d'années de recul sur cette nouvelle classe.

Méthodes:

C'est une étude prospective des intoxications aiguës par les triptans oraux chez le jeune enfant (0-5 ans) de 2000 à 2009. Chaque cas a bénéficié d'un suivi médical téléphonique. La sévérité de l'intoxication a été appréciée par le « Poisoning Severity Score » [1]

Résultats:

On a constaté 15 appels/an en moyenne chez les 0-5 ans : 84 cas ont été sélectionnés selon nos critères.

Dans ces cas, le sex ratio (H/F) = 0,96, l' âge moyen 31 mois, le poids moyen 14,3 kg [9-25], la prise moyenne = 1,22 comprimés [0,25-6] le panel de molécules incriminées est: zolmitriptan (70%), életriptan (15%), naratriptan (14%), autres (1%).

Le suivi médical a été obtenu pour 79 des 84 patients (94%), soit 5 perdus de vue (asymptomatiques lors de l'appel) Aucun antécédent cardio-vasculaire connu.

Conclusion:
En 10 ans, aucune complication n'a été recensée pour les intoxications accidentelles aux triptans chez le jeune enfant.
La symptomatologie est peu fréquente et bien supportée sur le plan hémodynamique.
Néanmoins, la présence de 2 cas de polypnée associée à des symptômes CV ne doit pas faire oublier le risque potentiel de cette classe. Au terme de cette étude, nous avons révisé nos recommandations. Notre réponse doit être moins alarmiste mais rester vigilante. L'hospitalisation ne doit pas être systématique mais guidée par un interrogatoire ciblé sur les antécédents cardiovasculaires, la dose et la symptomatologie. Si l'enfant est laissé à domicile, un traitement adsorbant et un accompagnement télémédical rapproché restent indispensables.

Référence : [1] Persson HE et coll. Poisoning severity score. Grading of acute poisoning. J Toxicol Clin Toxicol. 1998;36:205-13.