Magazinez N° 24 : Les signes d'une intoxication par les champignons

Les signes d'une intoxication par les champignons

Le monde des champignons est très complexe. Parmi les milliers d'espèces présentes dans nos forêts et campagnes, seul une trentaine serait dangereuse pour l'homme. Cependant la reconnaissance de ces espèces dangereuses est souvent peu évidente pour le profane et la confusion entre un champignon toxique et un champignon comestible est une des première cause d'intoxication.

En cas d'intoxication, le problème de l'identification est bien souvent insoluble et il ne reste plus que la clinique pour se faire une idée de la toxicité du champignon ingéré. Comme chaque année c'est à l'automne que surviennent la majorité des intoxications. C'est pour nous l'occasion de rappeler ce que l'amateur éclairé ou non risque à ramasser et à manger des champignons parfois mal identifiés.

Généralité sur l'origine des symptômes.

Lors d'une intoxication, les symptômes présentés par les patients ont comme cause :

  • une action toxique directe
  • une contamination microbienne d"un champignon en voie de décomposition
  • une pollution par des pesticides (récolté à proximité des champs cultivés).

Les différents types d'intoxication sont classés dans deux grandes catégories de syndromes (ensemble de signes et symptômes) :

  • Durée d'incubation courte (moins de 6 heures) - évolution favorable dans la plupart des cas
  • Durée d'incubation longue, supérieure à 6 heures – intoxication grave mettant en jeu la vie

Cette règle ne s'applique pas dans les situations suivantes :

  • consommation de champignons à plusieurs repas successifs
  • consommation de mélanges d'espèces; une espèce toxique à délai court peut masquer une espèce toxique à délai long.

I. SYNDROMES A DELAI COURT (< 6 heures)

Les intoxications caractérisées par un délai court (< 6 heures) entre le repas et l'apparition des symptômes ont une évolution favorable dans la plupart des cas.

1. Syndrome gastro-intestinal (syndrome résinoïdien)

Le syndrome gastro-intestinal s'exprime par des troubles digestifs isolés. Il regroupe plusieurs causes :

  • Ingestion en quantité excessive d'un champignon comestible
  • Déficit enzymatique – certains individus ne possèdent pas un enzyme nécessaire à la digestion des champignons
  • Champignon ingéré cru, infecté ou contaminé
  • Réaction d'intolérance (sensibilité de certaines personnes à des champignons réputés comestibles)
  • Des champignons comestibles cuits sont ingérés crus. Certains contiennent des toxines qui sont détruites par la chaleur. Il s'agit de certaines amanites comestibles : Amanite vineuse ou golmotte (Amanita rubescens), Amanite épaisse (Amanita spissa), Amanite pomme de pin ou Amanite solitaire (Amanita strobiliformis), Amanite vaginée (Amanita vaginata), les morilles (Morchella) et les russules ( Russula).
  • Les toxines présentes dans certains champignons : Clitocybe de l'olivier (Omphalotus olearius, Omphalotus illudens), Entolome livide (Entoloma lividum ou E sinuatum), Tricholome tigré (Tricholoma pardinum ou Tricholoma tigrinum), Bolet du Satan (Boletus satanas) (2,3).

Les symptômes apparaissent après 15 minutes à 2 heures après le repas et durent moins de 48 heures. Le début est brutal avec des vomissements importants, douleurs abdominales, diarrhée importante. Dans les formes sévères peuvent survenir des crampes musculaires et un collapsus (malaise, baisse de la tension artérielle, sueurs froides).
Dans les formes sévères, la déshydratation importante expose à un risque de coma et d'insuffisance rénale. Les conséquences de la déshydratation peuvent être importantes chez l'enfant, la personne âgée et la femme enceinte.

2. Syndrome muscarinien ou sudorien

Le syndrome muscarinien est la conséquence de l'action de la muscarine. La muscarine est présente dans une quinzaine de Clitocybes : Clitocybe blanc de céreuse (Clitocybe cerussata), Clitocybe blanc d'ivoire ou Clitocybe blanchi (C dealbata) et une quarantaine d'Inocybes : Inocybe fastigié (Inocybe fastigiata), Inocybe terrestre ou Inocybe à lames couleur terre (I geophilla), Inocybe de Patouillard (I patouillardii) (5).

Dans un délai de 15 minutes à 2 heures surviennent :

  • Troubles digestifs: douleurs abdominales, nausées, vomissements, diarrhées
  • Sueurs, salivation, écoulement nasal, larmoiement
  • Troubles cardiovasculaires: ralentissement du rythme du cœur, baisse de la tension artérielle (2).

3. Syndrome panthérinien

Le syndrome panthérinien est lié à la consommation d': Amanithe tue-mouche (Amanita muscaria), Amanite panthère (Amanita pantherina), et d'Amanite jonquille (Amanita junquillea).
Ces champignons utilisés par les toxicomanes pour leur propriétés hallucinogènes peut être responsables d'intoxications graves.
Les signes apparaissent dans les 30 minutes à 3 heures après le repas.

Symptômes:

  • troubles digestifs : nausées, vomissements
  • tachycardie (accélération du rythme des battements du cœur)
  • troubles neurologiques : agitation, ébriété, confusion, délire, hallucinations

Après une phase d'excitation survienne une période de torpeur durant 48 heures environ (2).

4. Syndrome coprinien (effet antabuse)

Le syndrome coprinien est produit par la coprine, toxine présente dans le Coprin noir d'encre ou Coprin atramentaire (Coprinus atramentarius). Les symptômes apparaissent uniquement s'il y a prise d'alcool. Le risque existe même plusieurs jours après la consommation du champignon.
Les symptômes surviennent entre 30 minutes et 2 heures après l'ingestion d'alcool :

  • rougeur de la face, du cou et du thorax
  • nausées, vomissements
  • troubles du rythme cardiaque (2)

5. Syndrome psilocybien

Le syndrome psilocybien résulte de la consommation volontaire de certains champignons hallucinogènes. Les champignons responsables sont : le Psilocybe lancéolé (Psilocybe semilanceata) ou d'autres Psilocybes (P callosa, P cubensis).
La toxine responsable est la psilocybine.
Les symptômes surviennent 30 minutes après la consommation de champignons frais ou séchés:

  • Au début : anxiété, nausées, asthénie, vertiges
  • Troubles visuels, désorientation
  • Augmentation de la pression artérielle, tachycardie (accélération du rythme des battements du cœur)

Les signes disparaissent progressivement 4 à 12 heures après l'ingestion.
Les complications possibles sont: infarctus, anxiété intense, des actes auto agressifs ou hétéro agressifs, autres troubles psychiatriques. Une hospitalisation peut être nécessaire en cas de complications.
L'innocuité à long terme n'est pas démontrée (2).

II. SYNDROMES A DELAI LONG (> 6 heures)

1. Syndrome phalloïdien

Parmi les intoxications par les champignons, le syndrome phalloïdien a le pronostic le plus sévère. La mortalité est d'environ 15 %.
Le syndrome phalloïdien est provoqué par l'amanitine, toxine contenue dans l': Amanite phalloïde, Amanite printanière, Amanite vireuse, certaines Lépiotes et Galère (Galère marginée).
Au début, cette intoxication est reconnue à l'aide de 3 critères.

  • Durée d'incubation moyenne de 12 heures (entre 6 et 36 heures)
  • Diarrhée intense entraînant une déshydratation marquée en quelques heures
  • Une atteinte du foie qui débute 36 heures après le repas et qui atteint son maximum le 5ème jour.

L'évolution est liée à l'atteinte du foie.

On distingue trois formes :

  • Formes bénignes : caractérisée par une gastro-entérite (diarrhée et douleurs abdominales) durant 3 à 5 jours et une atteinte du foie modérée.
  • Formes moyennes : caractérisées par un tableau d'hépatite aiguë. Elles évoluent vers la guérison complète en 2 à 3 semaines.
  • Formes graves : caractérisées par des signes sévères d'hépatite aiguë, confusion , hémorragies digestives.

Sous réanimation les signes régressent dans 8 à 12 jours avec guérison complète dans 8 à 12 semaines.
Il y a un risque de décès entre le 8ème et le 14ème jour par hépatite fulminante .

2. Syndrome Orellanien

Le syndrome orellanien est connu depuis les années 60. Il s'agit d'une insuffisance rénale aïgue d'apparition retardée pouvant évoluer vers l'insuffisance rénale chronique.
La toxine responsable est l'orellanine . Elle est présente dans des Cortinaires parmi lesquels le Cortinaire des montagnes ou Cortinaire de Rocou (Cortinarius orellanus), le Cortinaire resplendissant (Cortinarius splendens), Cortinarius specissimus, le Cortinaire canelle (Cortinarius cinnamomeus), le Cortinaire pourpre (Cortinarius phoeniceus) (2, 4).
Les symptômes débutent plus de 24 heures après le repas :

  • Troubles digestifs : nausées, vomissements, anorexie
  • Douleurs musculaires, crampes, asthénie physique
  • Atteinte rénale entre la première et la troisième semaine.

50 % des cas évoluent vers l'insuffisance rénale chronique. Une transplantation rénale a été nécessaire chez certains patients.

3. Syndrome promiximien

Le syndrome promiximien est du à l'ingestion d'amanites à volve russe (Amanita proxima). Les intoxications surviennent surtout dans le Sud-Est de la France. La toxine en cause n'est pas connue.
Les symptômes débutent entre 2 et 48 heures après le repas :

  • Troubles digestifs : vomissements, diarrhée, douleurs abdominales
  • Insuffisance rénale aïgue entre les jours 1 et 4

L'évolution est favorable en trois semaines.

4. Syndrome gyromitrien

Le syndrome gyromitrien est produit par les Gyromitres, en particulier le Gyromitre délicieux (Gyromitra esculenta). Ce champignon est largement consommé cuit ou séché dans certaines régions. De nombreux cas d'intoxication sévère voir mortelle ont été rapportés. Les facteurs favorisant ont été l'ingestion d'une grande quantité de champignons et la répétition des repas à quelques jours d'intervalle. La toxine responsable est la gyromitrine. Cette toxine est détruite à 99 % par la cuisson ou au séchage au soleil.

Le symptômes apparaissent entre 8 et 12 heures après l'ingestion (2 heures en cas d'intoxication sévère):

  • Troubles digestifs : nausées, vomissements, douleurs abdominales

Les symptômes peuvent s'arrêter là ou évoluer vers :

  • Une hépatite dans 36 à 48 heures après le repas
  • Des troubles neurologiques : somnolence, confusion, délire, tremblements
  • Une destruction des globules rouges du sang
  • Une insuffisance rénale

5. Nouveaux syndromes

Très récemment on a rapporté la survenue d'une rhabdomyolyse (destruction du muscle) suite à la consommation de Trichlome équestre appelé aussi Trichlome des chevaliers, Cavalier (Trichloma equestre) (5).
Le Trichlome équestre est un champignon comestible poussant dans les Landes. Le principal facteur de risque est la consommation en abondance et répétée de Trichlome équestre (3 repas consécutifs ou plus).
Après 24 heures à 6 jours après plus de trois repas consécutifs apparaissent :

  • douleurs musculaires, asthénie intense
  • nausées, vomissements

Le bilan biologique montre une destruction massive des cellules musculaires.

En cas d'aggravation on constate une atteinte des muscles respiratoires et cardiaque. Tous les patients ayant présenté ces signes d'aggravation sont décédés (2, 6).

CONCLUSION

Un certain nombre de champignons sont toxiques, voir mortels. Le seul moyen pour éviter d'être empoisonné est de connaître, par leurs caractères botaniques les espèces dangereuses et les espèces comestibles. Toute autre méthode empirique ou traditionnelle peut vous coûter la vie.
Sur notre site Internet vous pouvez trouver quelques conseils de prévention si vous voulez aller cueillir des champignons..
Vous pouvez également trouver une aide à l'identification des champignons en cliquant ici...

Références :

  1. H Lambert : Champignons : les syndromes d'intoxication. Le Quotidien du médecin N° 6991 Jeudi 18 octobre 2001
  2. R Bédry, P Saviuc : Intoxications graves par les champignons à l'exception du syndrome phalloïdien. Réanimation 2002 ;11 :524-32
  3. L Chavant : Champignons Toxiques & Comestibles. Les confusions à éviter. Institut Klorane 2002
  4. B Cathala : Intoxications par les champignons. Symptomes – Traitement. Université Paul-Sabatier, Centre Anti-Poisons Toulouse, 2e édition
  5. Didier et Maryse Lemay : Comment reconnaître les champignons. Clés simples d'identification. Bordas, Paris, 1987
  6. Bedry R : Wild –mushroom intoxication as a cause of rhabdomyloysis. The New England Journal of Medicine 2001 Sep 13 ; 345 (11) : 798-802