Magazine N°32 : Les envenimations en plongée

Les envenimations en plongée

Bien que l'immense majorité des animaux marins ne soit pas dangereuse pour l'Homme, un certain nombre d'espèces peuvent provoquer des envenimations parfois graves.
Les espèces les plus dangereuses sont retrouvées dans les mers tropicales où il est le plus souvent interdit de porter des gants (pour la protection de la faune).
On trouve des espèces venimeuses dans les deux embranchements, vertébrés et invertébrés. Ces animaux utilisent trois moyens d'envenimation : par contact, par piqûre et par morsure.
Voici quelques informations pour les plongeurs en partance...

1-les envenimations par contact:

C'est l'apanage des invertébrés:

les spongiaires : éponges

les cnidaires: animaux dont le corps est en forme de sac qui délimite une cavité gastrique dont la bouche, orifice unique est tourné :

  • vers le haut chez les formes fixées.Ce sont les anémones de mer et les coraux dont le célèbre corail de feu, ci-dessous:

  • vers le bas chez les formes libres : les méduses.

Le contact avec ces animaux est la plupart du temps simplement urticant.
Certaines espèces, comme les cuboméduses, peuvent être plus dangereuses et nécessitent une prise en charge médicale urgente.

conduite à tenir en cas d'envenimation :
  • retirer les filaments.
  • laver à l'eau de mer(non pas à l'eau douce car cela fait éclater les vésicules de venin).
  • nettoyer avec une compresse imbibée d'alcool
  • ne pas frotter mais sécher au sèche cheveux.

2-les envenimations par piqûre :

a/ les mollusques :

les cônes : plusieurs centaines d'espèces sont venimeuses mais seules quelques dizaines sont réellement dangereuses pour l'homme:

  • Ils possèdent un harpon qui injecte un venin paralysant.
  • La piqûre est douloureuse et provoque un engourdissement local et un œdème.

Prise en charge
  • immobiliser le membre atteint, tenter d'extraire le harpon.
  • en cas de signes généraux(malaise, paralysie...)une intervention médicale s'impose pour un traitement symptomatique.

Lire aussi notre article sur les cônes

b/ les échinodermes :

* les étoiles de mer :

Une seule espèce est dangereuse pour l'Homme: l'acanthaster, étoile de mer mangeuse de corail qui prolifère dans les mers tropicales.
C'est la seule qui n'est pas de symétrie 5 et qui repousse lorsqu'on la coupe en morceau.
L'envenimation par ces animaux donne lieu à des manifestations cutanées (rougeur, gonflement, douleur, engourdissement ) et à des signes neurologiques et cardiovasculaires parfois très graves qui nécessitent une prise en charge adaptée en milieu médical
Dans de rares cas, la survenue d'un arrêt respiratoire nécessite une réanimation cardio-respiratoire en attendant les secours(enseigné dans l'AFPS et le RIFAP);

Prise en charge
  • rechercher le point de piqûre : existe-t-il un réel risque d'envenimation?
  • nettoyer la blessure
  • immobiliser la partie atteinte la main généralement.
  • rassurer le patient et le garder au calme.
  • ne pas faire de garrot ou d'incision

* les oursins :

La piqûre est douloureuse et peut s'infecter mais les envenimations par les oursins sont rares( les toxopneustides) et se manifestent par une sensation de brûlure et un gonflement exceptionnellement des signes généraux.
Le principal risque est la surinfection, favorisée par la persistance des piquants enchâssés dans le derme.

Prise en charge
  • les petits trucs pour les extraire : intervenir rapidement et pas de charcutage initial,
  • aspirer à l'aide d'une paille ou d'un système aspi venin
  • appliquer un ruban fortement adhésif sur la peau , puis tirer lentement pour extraire lentement le piquant.

Une extraction chirurgicale est parfois nécessaire.

C/ les poissons :

ils ont tous des venins thermolabiles et donnent lieux à la même prise en charge , à l'exception des raies et des murènes, même si la gravité diffère selon les espèces.

  • Les trachinidae: ce sont les rascasses des eaux tempérées; les ptéroïs plus connus sous les noms de rascasse volante ou poisson lion:

  • Les synancés ou poissons pierres. Les aiguilles à venin sont dissimulées dans les nageoires.
    • manifestations cliniques : la piqûre de poisson provoque une douleur instantanée et fréquemment un gonflement local et une rougeur;
    • la lésion peut évoluer vers une nécrose localisée de la peau. Lorsque l'envenimation est importante elle donne lieux à des signes généraux (troubles digestifs ou neurologiques).

Les poissons pierres : l'envenimation est mortelle dans 25% des cas, par noyade sur syncope ou par l'envenimation elle même.

Aussi ces envenimations ne doivent jamais être prises à la légère et doivent systématiquement mener à consulter un médecin.

Prise en charge
  • inactiver et évacuer le venin : lavage de la plaie à grande eau ; tous ces venins sont thermolabiles: ils peuvent être inactivés par un bain d'eau chaude à 50°( ou le maximum toléré par la victime), ou par choc thermique réalisé en approchant une source de chaleur(cigarette ou sèche cheveux).
  • éviter l'infection : désinfection locale, ablation de corps étrangers.

* les dasytoidei : ce sont les raies armées:

Elles inoculent le venin à leur victime par les plaies qu'elles provoquent en dilacérant les tissus avec leur aiguillon.
Le risque tient plus en la possibilité d'infection que de l'envenimation en elle même.
La conduite à tenir est surtout basée sur la désinfection locale.
Bien que le venin soit thermolabile, il n'y a pas lieu de réaliser un choc thermique, inefficace sur du venin diffusé dans le cas de plaies larges et profondes.

3-les envenimations par morsure :

* les murènes :

Animal des mers chaudes, elle attaque parfois pour se défendre. Le venin se déverse dans la plaie provoquée par la morsure.
La prise en charge est similaire à celle des raies armées: les morsures se surinfectent fréquemment car ce sont des morsures septiques.

* les céphalopodes : poulpes ou pieuvres

les accidents surviennent notamment lors des plongées de nuit, leur aspect brillant et coloré incite les plongeurs à les toucher.

Les poulpes ont un puissant bec avec lequel certaines espèces peuvent faire des morsures venimeuses. Mais seules sont réellement dangereuses deux petites espèces qui vivent dans les eaux indo-pacifiques: hapalochlaena maculosa brune avec des anneaux bleus et hapalochlaena lunata.
La morsure provoque un engourdissement local et un oedème résolutif en quelques heures le plus souvent. Dans les cas graves, des signes neurologiques et des anomalies cardio vasculaires apparaissent.

Conduite à tenir
  • le venin est thermolabile: on peut donc réaliser un choc thermique(idem au chapitre poissons)
  • en cas de signes généraux: allonger, rassurer la personne et appeler les secours .

* les serpents de mer:

Ils vivent dans les voisinages des estuaires dans les eaux chaudes :Indonésie, Australie, Nouvelle Calédonie, Thaïlande.
Leur venin est le plus toxique que l'on connaisse: 20fois plus que celui des cobras, il est neuro et cardio-toxique.
Localement il provoque : douleur, oedème, troubles cutanés(perte d'élasticité et fissures provoquant infections et hémorragies)
La lésion peut évoluer vers la nécrose voire la gangrène.
Les signes généraux sont des troubles neurologiques, hémorragiques et musculaires.

Conduite à tenir
  • Calmer la victime, immobilisation du membre mordu, position couchée, enlever bagues, bracelets ou chaussures
  • nettoyer la plaie et appliquer de la glace autour de la plaie.

La morsure de serpent de mer doit être hospitalisé pour une évaluation de la gravité de l'envenimation.
De plus l'administration éventuelle d'anti-venin(rarement disponible) se fait uniquement en milieu médical.
Les gestes à proscrire: succion, excision, incision, cautérisation, garrot.

EN CAS D ENVENIMATION GRAVE: 15 (SAMU) ou 112(numéro européen)
EN MER :canal 16 VHF

Conclusion:

En règle générale pour le bien de la faune et celui du plongeur, la meilleure prévention est d'éviter de manipuler les animaux.
Certains coraux fragiles sont protégés par des couches de mucus qui sont endommagées par le contact et cela provoque leur mort.
Mieux vaut observer leur beauté et s'abstenir de les toucher. Le port de gant lorsqu'il est autorisé, limite les risques mais n'est pas toujours suffisant.
Une prise en charge rapide et adaptée des envenimations graves améliore le pronostic. Attention certaines envenimations peuvent mimer les signes d'un accident de décompression par certains troubles neurologiques présents(paresthésie, malaise...).
Il ne faut pas négliger de communiquer les paramètres de plongée aux services de secours pour que la prise en charge soit la plus efficace possible.

Crédit photos: remerciements à ploufsousleau pour les photos.