Magazine N°34 : MÉDICAMENTS ET GROSSESSE

MÉDICAMENTS ET GROSSESSE

Mme X, enceinte de 2 mois, présente régulièrement des maux de tête et des vomissements, symptômes sans doute liés à sa grossesse. Depuis plusieurs semaines, elle prend des médicaments à visée antalgique et antivomitive qu'elle a retrouvés dans son armoire à pharmacie.
Pourquoi Mme X devrait elle plutôt demander un avis médical ?
Afin de prendre conscience des risques potentiels pour le bébé, il est important de bien comprendre les grandes lignes de la toxicologie chez la femme enceinte.

Toxicité

On peut observer deux grands types d"effets toxiques :

  • L'effet « Tératogène » : Altérations irréversibles touchant des organes, à l'origine de malformations dites congénitales
  • L'effet « Foetotoxique » :Toxicité de la molécule sur le fœtus par surdosage, ou risque de sevrage du bébé à la naissance

Risques en fonction de la période de la grossesse

Ces effets nocifs dépendent du temps séparant la fécondation et l'exposition au médicament
Il existe trois grandes périodes lors de la grossesse. Pour chacune d'elle le risque encouru va être différent

  • La période péri-implantatoire correspondant aux 15 premiers jours de la grossesse, est caractérisée par la loi du « tout ou rien » : soit l'embryon sera expulsé (fausse-couche), soit il reste viable et sans séquelles. Le risque tératogène est minime.
    Une future mère ayant pris des médicaments pendant cette période, alors que la grossesse n'était pas encore connue, peut être rassurée.
  • La période embryonnaire de J14 à J60 correspond à la mise en place des différents organes (cœur, système nerveux, os...).C'est « l'organogénèse » : les cellules vont se multiplier et se différencier afin de constituer les différents tissus et organes.
    La complexité et la précision des mécanismes mis en jeu expliquent la grande vulnérabilité de l'embryon à cette période.
    C'est donc une phase où le risque tératogène est maximal.
  • Période fœtale et périnatale, de j60 à l'accouchement, correspond à la phase de maturation et de développement des différents organes. Cependant la différenciation des organes génitaux se poursuit pour s'achever au cours du 4ème mois.
    Le risque tératogène devient minime mais le risque foetotoxique est maximal et peut être tout aussi dramatique.
    En particulier lors du 3ème trimestre de la grossesse, la barrière placentaire étant plus fine, l'échange « mère fœtus» est augmenté et par conséquent la quantité de médicament susceptible de passer dans le sang fœtal est plus important.
    De plus, une exposition en fin de grossesse peut entraîner un syndrome de sevrage chez le nouveau-né.

Un médicament n'ayant aucune incidence à un stade, peut s'avérer très toxique à un autre stade !

Pourquoi un médicament anodin chez la mère peut-il être toxique chez le fœtus?

Certaines substances prises par la mère vont traverser le placenta et se retrouver ainsi directement dans le sang du bébé :

Cependant les systèmes de détoxification et d'élimination ne sont que très partiellement développé chez le fœtus, celui ci sera par conséquent vulnérable à l'arrivé de tout élément chimique.
D'autres produits ne traversant pas le placenta peuvent quand même être dangereux pour l'enfant, notamment les médicaments agissant sur certaines fonctions métaboliques de la mère.

Pourquoi un médicament pris quelques jours avant l'accouchement peut-il être à l'origine d'une toxicité chez le nouveau-né ?

Il existe deux types de toxicité :

  • Par surdosage : Normalement, le médicament repasse dans le sang maternel pour être métabolisé puis éliminé, mais si la maman accouche entre temps, une partie du médicament restera dans le sang du bébé. Or les systèmes de métabolisation et d'élimination étant immatures chez le nouveau-né, la substance restera plus longtemps dans son organisme.
  • Par un effet de sevrage : Certaines molécules prises par la maman, vont être également actives chez le fœtus ; cependant après la naissance, le nourrisson n'ayant plus la molécule dans son sang, peut présenter des symptômes liés à un « manque » .

Malgré tous ces risques, peut on quand même prendre des médicaments ?

Oui, mais il est nécessaire de toujours demander un avis médical.
Il ne faut pas oublier que certaines pathologies (épilepsie, diabète, maladies chroniques...) nécessitent un traitement au long court. Dans ce cas, le traitement ne doit pas être arrêté mais devra être réévalué par le médecin traitant ou le spécialiste lorsque la femme voudra un enfant.

Conclusion

Trop de femmes enceintes prennent des médicaments sans toujours savoir si il y a un risque pour le fœtus.
Etant donné l'existence des risques potentiels tératogènes et foetotoxiques, il est important de limiter au maximum la prise de médicaments pendant une grossesse et de privilégier les règles hygiéno-diététiques.
L'automédication est très fortement déconseillée chez une femme enceinte, un médicament même vendu sans ordonnance peut être néfaste pour le fœtus !
Il faut toujours demander un avis médical que ce soit à son médecin ou à son pharmacien.
Cependant, en cas de prise exceptionnelle d'un médicament par erreur, il est inutile de s'affoler, très peu de médicaments nécessitent d'envisager une interruption thérapeutique de grossesse.