Magazine N°34 : BRÛLURES OCULAIRES D' ORIGINE PROFESSIONNELLE

BRÛLURES OCULAIRES D' ORIGINE PROFESSIONNELLE

I / INTRODUCTION

  • Selon les études, les brûlures oculaires représentent de 5 à 35% des urgences traumatiques ophtalmiques.
    Sur le lieu de travail , elles restent encore trop fréquentes .
  • Elles peuvent être thermiques , chimiques et par radiation . Notre sujet traitera essentiellement des brûlures chimiques .
  • Les brûlures thermiques par flamme sont peu fréquentes et provoquent surtout des lésions des paupières . La projection oculaire de métaux en fusion entraîne généralement de graves lésions de nécrose de l"œil.
  • Les brûlures chimiques sont fréquentes . Leur pronostic est fonction de l'étendue de la surface touchée , de la concentration et de la nature du produit projeté , de son degré de pénétration dans l'œil , du temps de contact .
  • Nous allons décrire les agents responsables de brûlures chimiques et leur mode d'action ; puis nous aborderons la prise en charge en urgence en cas d'accident . Il faut cependant insister sur l'importance de la prévention et du respect des moyens de protections collectifs et individuels ++

II / TYPES D'AGENTS RESPONSABLES DE BRÛLURES

Pour une meilleure compréhension , quelques rappels simples de chimie sont nécessaires .

Quelles sont les étapes de la brûlure chimique ?

  • Le mécanisme se décompose en 3 phases :
    • la phase de contact
    • la pénétration du toxique
    • la réaction qui constitue la brûlure proprement dite

Le toxique induit des lésions de gravité variable selon sa nature .

1. LES ACIDES

  • On mesure l'acidité d'une solution en déterminant sa concentration en ions H+ ( protons = noyaux de l'hydrogène).
    Le Ph est une mesure mathématique de cette concentration .
    Les produits chimiques ACIDES sont définis par un Ph < 7
  • Ils provoquent des lésions de la surface oculaire . Ils forment de gros complexes avec les protéines de l'œil , ( « coagulation des protéines » ) , ce qui retarde et gêne sa pénétration.
  • L'épithélium ( = le revêtement de l'œil ) intact permet une protection modérée contre la pénétration des acides faibles ou dilués .Les dommages peuvent être sévères en cas de Ph <2,5 (acides forts ).
  • Les brûlures chimiques par acides sont souvent de gravité modérée à moyenne , mais elles peuvent être graves en milieu industriel avec l'emploi d'acides très concentrés.
  • La lésion la plus souvent induite est une kératite ( inflammation de la cornée ) superficielle rapidement résolutive.
  • L'acide fluorhydrique , acide de petit poids moléculaire , est un cas particulier . Il est responsable de lésions graves. Nous lui consacrons un article entier.

2 . LES BASES

  • Les produits basiques sont définis par un Ph > 7
    Exemples : ammoniaque , chaux , potasse , soude caustique...
  • Elles réagissent avec les acides gras (= saponification) , détruisant les membranes des cellules .Elles pénètrent et diffusent ensuite dans les tissus ( = nécrose de liquéfaction ) .
    Elles entraînent des lésions plus sévères que les acides . Ces lésions peuvent apparaître 2 à 3 jours après l'exposition car elles sont évolutives ! !
  • Leur action est sournoise , les effets apparaissent de façon retardée.
  • Pour un Ph > 11,5 ( bases fortes ) , les brûlures sont le plus souvent graves.

4. LES SOLVANTS ORGANIQUES

  • Un solvant est un liquide qui a la propriété de dissoudre et de diluer d'autres substances sans les modifier chimiquement et sans lui-même se modifier.
  • Les solvants organiques permettent la dispersion des substances non hydrosolubles . Ce sont des hydrocarbures ou des dérivés substitués d'hydrocarbure issus le plus souvent de la pétrochimie.
    Exemples : hexane , benzène , chlorure de méthylène , perchloréthylène , acétone , les éthers de glycol ...
  • Lors d'une projection oculaire , ils sont surtout irritants et provoquent une conjonctivite (inflammation du « blanc » de l'œil ) dans la majorité des cas.
  • Certaines molécules sont plus agressives ( chlorure de méthylène , la pyridine , diméthylsulfoxide ...) et peuvent être responsables d'une atteinte inflammatoire grave de la cornée.

4. LES ALDEHYDES

  • Ce sont des composés organiques caractérisés par la présence d'une fonction aldéhyde ( groupement carbonylé).Ils sont obtenus par oxydation d'un alcool.
    Exemples : formaldéhyde , acétaldéhyde ou éthanal , glutaraldéhyde , acroléine ...
  • Ils se lient immédiatemment aux protéines des tissus superficiels avec lesquels ils entrent en contact . Ils sont fortement irritants .
  • En ce qui concerne le formaldéhyde , ( = acide formique = formol) , la lésion initiale à type de kérato-conjonctivite est faussement rassurante et amène souvent à sous estimer la gravité ! Malgré une décontamination précoce , les séquelles sont fréquentes.

5. LES PHENOLS ET DERIVES

  • Ce sont des dérivés hydroxylés du benzène et de ses homologues .
    Exemples : phénol ou acide phénique , les polyphénols ( résorcinol , hydroquinone ..) , les crésols ...
  • La projection oculaire d'une solution concentrée provoque une kérato-conjonctivite non spécifique . La douleur est modérée et d'apparition retardée du fait des propriétés anesthésiques locales du phénol.

La plupart des autres agents toxiques sont responsables de brûlures chimiques d'intensité variable avec le temps de contact , sa concentration ; leur prise en charge est non spécifique .

III / SYMPTOMES ET CONDUITE A TENIR EN CAS D'ACCIDENT

Quelles sont les plaintes du patient ?

  • Elles sont variables et peuvent s'associer
    • une douleur oculaire
    • une rougeur oculaire
    • baisse de la vision
    • larmoiement
    • gêne face à la lumière (photophobie) ...

Quels sont les signes présentés par le patient ?

  • L 'examen clinique initial est essentiel ++
    • brûlure, chute de la paupière
    • kératite superficielle , ulcérations
    • ischémie , nécrose de la conjonctive
    • hypo/hypertonie du globe oculaire
    • cataracte ....

CONDUITE A TENIR IMMEDIATE

1 . LAVAGE OCULAIRE

  • au sérum physiologique ou à l'eau à température ambiante , sans frotter
    • IMMEDIAT
    • ABONDANT
    • PROLONGE , au moins 10 minutes
    • Laver les 2 yeux
    • Ne pas enlever les lentilles de contact ( elles glissent le plus souvent avec le lavage ) et ne pas les remettre si elles sont parties
    • Le médecin du travail peut aussi éverser les paupières à la recherche de particules solides.

2 . CONSULTATION EN OPHTALMOLOGIE

  • Il faut consulter rapidement après le lavage.
  • Le spécialiste fait un bilan des lésions , évalue la gravité et prescrit un traitement adapté ( collyre antibiotique , cicatrisant oculaire ...)

IL NE FAUT PAS S'AUTOMEDIQUER++

  • Dans certains cas , une consultation de contrôle est prévue 8 à 10 jours plus tard.

3 . CAS PARTICULIER : L'ACIDE FLUORHYDRIQUE

  • Le lavage oculaire est identique ; il peut se réaliser aussi avec de l'hexafluorine.
  • Le traitement spécifique consiste en un collyre à base de gluconate de calcium à 1% . Il peut s'appliquer après le lavage.
  • Il faut consulter un spécialiste en urgence ++

IV/ MOYENS DE PREVENTION

  • La prévention est médicale et technique ; collective et individuelle.
  • Il faut établir des consignes relatives à la conduite à tenir en cas d'accident . Celles-ci doivent être disponibles en permanence .
  • En cas de risque de brûlure oculaire , des systèmes de lavage oculaire en état de marche doivent être installés dans les ateliers .Des « lave-oeils » portatifs peuvent être pratiques .
  • Mesures de protection collective : elles sont spécifiques à chaque industrie ; ( il est question de la sécurité des appareils utilisés , mais aussi de l'organisation du travail , des conditions d'éclairage...)
  • Mesures de prévention individuelle : port de lunettes de protection , écrans et masques de protection.

IL FAUT RESPECTER ET APPLIQUER LES MESURES DE PROTECTION

En cas d'accident :

  • DEVANT TOUT CAS QUI VOUS PARAIT GRAVE , N'HESITEZ PAS A COMPOSER LE 15
  • DEVANT TOUTE PROJECTION OCULAIRE , N'HESITEZ PAS A APPELER LE CENTRE ANTIPOISON DE LILLE