Les produits ménagers
Produits ménagers, de jardinage,... gestes à faire et ne pas faire.

Intoxications accidentelles

Dr Patrick NISSE

Les intoxications accidentelles par les produits ménagers, les cosmétiques, les pesticides à usage domestiques sont caractérisés par leur fréquence et leur bénignité habituelle. Cependant il ne faut négliger leur prise en charge car dans certains cas elles peuvent être gravissimes. Il est important de savoir reconnaître les situations à risque afin de ne pas retarder la prise en charge comme il est tout aussi « vital » de connaître les bons gestes à prodiguer et ne pas transformer une exposition sans risque en une intoxication sévère. Une mise en garde particulière : l'utilisation domestique de produits à usage professionnel, déconditionnés et ramenés à la maison. Si pour un type de produit, la formulation exacte est souvent variable d'une marque à l'autre, elle peut aussi varier au cours de l'année pour un même produit. Il faut donc systématiquement contacter un centre antipoison pour connaître le risque spécifique du produit mis en cause, risque directement lié à la formulation (composition et présentation).

CAP Lille : 0800 59 59 59 nouveau numéro vert : permet souvent d'éviter une hospitalisation inutile

Les produits ménagers :

Ils peuvent être uniquement moussants, simplement irritant, fortement caustiques, neuro ou cardiotoxiques du fait de la présence de solvants ou cumuler plusieurs de ces effets.

Les produits moussants (savon, liquide vaisselle) sont peu nocifs en cas d'ingestion accidentelle. Très souvent asymptomatiques, l'ingestion peut se manifester par une irritation ORL, des nausées ou vomissements, rarement des douleurs abdominales. Le risque principal est la fausse route et le passage du produit dans les bronches, responsable d'une détresse respiratoire. Les lessives, les nettoyants ménagers multi-usages voire « désinfectants », les détachants textiles avant lavage (à base de javel ou de peroxyde d'hydrogène) sont légèrement moussants et plutôt irritant. Ils sont responsables d'une sensation de brûlure buccale ou d'épigastralgies et de nausées ou vomissements.

Les bons gestes (caustiques)

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Rincer abondamment les parties exposées, au moins 15 minutes
Caustique fort : Diète, garder à jeun
Caustique faible (3<pH<11) : test verre d'eau, pansement digestif,

Faire vomir
Tenter de neutraliser, donner du lait
Diluer (favorise les vomissements)

Les caustiques :

ils peuvent être acides (détartrants WC, antirouilles pour textiles), alcalins (décapants pour four, déboucheurs de canalisation) ou ni l'un ni l'autre du genre oxydant (eau de javel concentrée à 9,6 g de chlore actif, peroxyde d'hydrogène > 30 vol%). Si la gravité des lésions dépend du pH pour les acides (≤2) et les bases (≥12), de la concentration, la viscosité du produit, au augmentant la durée du contact avec les muqueuses, majore la gravité et l'étendue des brûlures. Les quantités d'un produit ménager ingéré accidentellement sont généralement plus faibles pour les acides que pour les bases car les acides ont une saveur plus désagréable et immédiatement piquante qui en limite les quantités ingérées. Quelque soit le caustique fort en cause, son ingestion entraîne des douleurs oropharyngées qui peuvent être suivies d'une soif, d'une douleur à la déglutition, d'une hyper salivation, de vomissements. Un stridor laryngé, un enrouement de la voix, une dyspnée signent l'atteinte trachéobronchique secondaire à une fausse route ou à l'ingestion d'un caustique volatil (ammoniac). L'atteinte buccale et ORL ne sont pas corrélées avec l'atteinte digestive et, de même, il n'y a aucun parallélisme entre l'atteinte de l'œsophage et celle de l'estomac.

L'adjonction de Bitrex® (benzoate de denatorium) dans les produits ménagers procure un goût amer insupportable et persistant mais totalement inoffensif pour la santé.

Les bons gestes (caustiques)

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Rincer abondamment les parties exposées, au moins 15 minutes
Caustique fort : Diète, garder à jeun
Caustique faible (3<pH<11) : test verre d'eau, pansement digestif,

Faire vomir
Tenter de neutraliser, donner du lait
Diluer (favorise les vomissements)

Sur quels critères prend t-on la décision d'une hospitalisation ?
- Sur la notion de fausse route (quelque soit le produit) : toux incessante, dyspnée, crépitants à l'auscultation, dysphonie
- Sur la notion d'ingestion suspectée ou avérée d'un caustique fort (pH ≤ 2 ou ≥ 13), toute projection oculaire de corrosif pour évaluer l'intégrité de la cornée.
- Transport médicalisé si présence d'un signe de gravité : dyspnée, emphysème sous cutané, syndrome péritonéal, état de choc, hématémèse pour les caustiques, dyspnée, troubles de conscience, ataxie, hyperthermie, convulsions pour les solvants.
- Le patient dément ou « Alzheimer » : même accidentelle, les quantités ingérées sont parfois importantes et source de complication nécessitant une surveillance en milieu hospitalier.

Les cosmétiques :

les savons, gel douche, shampooing sont des produits moussants (cf. précédemment) ; les parfums sont des solutions alcoolisées (ébriété, ataxie, hypoglycémie) ; les crèmes hydratantes, démaquillantes, les eaux de toilettes pour bébé ne présentent pas de risque lors d'ingestion accidentelle. Il n'en est pas de même pour les dissolvants à ongles qui sont à base de solvants (acétone, acétates d'éthyle, de butyle ou de méthyle) ayant une toxicité neurologique. Attention, la mention « sans acétone » n'est pas synonyme de « non toxique ». En cas d'ingestion, les signes digestifs sont au premier plan (sensation de brûlure, nausée, éructations, vomissements) ; lors de l'inhalation de vapeurs et lors de l'ingestion, des manifestations ébrio-narcotiques (céphalées, vertiges, ataxie, somnolence) peuvent apparaitre. La pneumopathie d'inhalation (épisode de suffocation puis toux incoercible, hyperthermie, crépitants, dyspnée) est la principale complication en cas de fausse route ou de vomissements.

Les solvants : on les retrouve dans les détachants textiles, les décapants peintures et pour le nettoyage des pinceaux (ou la dilution de certaines peintures). En commun, ils sont liposolubles et volatils, toxiques par ingestion et par inhalation. Deux familles principales : les aliphatiques halogénés (trichlo, perchloréthylène) qui en plus de l'irritation digestive sont responsables de troubles du rythme cardiaque. Les hydrocarbures aromatiques (xylène, toluène) et les aliphatiques non substitués (essence, fuel, white spirit) sont à l'origine de vomissements, diarrhée et en cas d'inhalation d'un syndrome ébrieux. Comme pour l'acétone, le risque de survenue de pneumopathie d'inhalation doit toujours rester à l'esprit.

Les bons gestes (solvant)

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Régime sans lait ni graisse au moins 24h
Huile paraffine gélifiée (un must)
Ou un pansement type Smecta®

Donner du lait
Faire vomir

Les pesticides à usage domestique

Ce sont les mêmes principes actifs que ceux utilisés en agriculture mais en beaucoup moins concentrés. Les solvants (hydrocarbures) ou les gaz propulseurs (fluorocarbures, propane) des aérosols peuvent provoquer une irritation respiratoire, un bronchospasme (à traiter comme une crise d'asthme).

Les insecticides :

les organophosphorés sont présents dans les insecticides « anti-insectes volants et rampants », traitement des plantes, de rares shampooings ou lotions anti poux. Les pyréthrinoides sont les moins toxiques. Des paresthésies bucco-faciales sont rapportées au décours de l'inhalation ou de la projection cutanée de pyréthrinoides. Elles régressent spontanément en quelques heures sans traitement.

Les engrais pour plantes ou fleurs

contiennent des nitrates, phosphates et potasse (NPK) avec des oligoéléments. Aux dilutions d'emploi (1 bouchon/litre d'eau), ils ne sont pas toxiques. Il en est de même pour les conservateurs de fleurs coupées. Attention, pris purs, ils exposent au risque d'hyperkaliémie.

Les raticides et souricides :

les plus utilisés sont les anticoagulants antivitamines K. Leur concentration est très faible (souvent à 0,005%), l'ingestion accidentelle de faible quantité est sans danger. On peut trouver, plutôt en région agricole, des rondenticides à base d'alphachloralose (ou glucochloral) ou de crimidine. Ils sont responsables d'un coma avec myoclonies et hypersécrétion bronchique.

Les antis limaces

se présentent actuellement sous forme de granulés très colorés et faiblement concentrés en métaldéhyde (< 5%), le risque de convulsion est quasi nul dans le cadre d'une ingestion accidentelle, d'autant plus que du Bitrex® y est ajouté.

Les anti fourmis

sont à base soit d'un composé organophosphoré ou d'un carbamate à des concentrations très faibles, soit à base d'arsenic (cacodylate ou diméthylarseniate de sodium), un dérivé non toxique. Les expositions orales accidentelles sont toujours bénignes et ne nécessitent pas de surveillance hospitalière.

Les antimites

sous forme de boules sont à base de paradichlorobenzène ou de camphre (neurotoxique : troubles de conscience et convulsions). La naphtaline (très toxique) est interdite. Pour les ingestions accidentelles de faible quantité, le rinçage de bouche et l'administration d'un pansement type Smecta® est suffisant.

Les herbicides grand public

sont à base de glyphosate (RoundUp®). Le chlorate de sodium est interdit depuis 2009, le paraquat depuis 2007. Les produits de jardinage à base de glyphosate, dilués ou prêt à l'emploi sont sans risque en cas d'ingestion d'une gorgée. L'ingestion de plusieurs gorgées de produit concentré (> 360 g/L) expose aux risques de vomissements, de dysphagie, d'une acidose et nécessite une prise en charge hospitalière.

Sur quels critères prend t-on la décision d'une hospitalisation ?
- L'ingestion d'un insecticide (organophosphoré ou carbamate) ou d'un herbicide concentrés non dilués à usage professionnel agricole. La présence d'un syndrome muscarinique (myosis, bradycardie, sudation, bronchorrhée, vomissements, diarrhée), nicotinique (HTA, tachycardie, fasciculations) et/ou neurologique central (troubles de conscience, convulsions) doit faire évoquer l'exposition à un organophosphoré ou un carbamate insecticide et impose une prise en charge SMUR.
- La suspicion d'ingestion de strychnine (rondenticide), d'aldicarbe (carbamate) ou de paraquat (herbicide) impose une hospitalisation même si ces produits sont interdits et par conséquent ne devraient plus être disponibles.

Références :

P. NISSE. Intoxication par les produits ménagers ; Le praticien en anesthésie Réanimation, 2004, 8 (6) : 429-38P. NISSE. Intoxication par les produits ménagers ; Pédiatrie Pratique, 2005, sept, n°170 : 8-10V. DANEL, B. MEGARBANE. Urgences toxicologiques de l'adulte. 2008. Arnette Blackwell éd.